Rouge
Manon(*),
Nous ne sommes pas que de banales pochettes rouges,
nous sommes un chaînon manquant. Écoute…



Manon(*),
Nous ne sommes pas que de banales pochettes rouges,
nous sommes un chaînon manquant. Écoute…
Le corps parle, et les robes aussi. Une robe rouge d'une seule soirée. Derrière la porte de la penderie, protégée, immobile, elle attendit longtemps de reprendre la lumière. Robe de poussière, qui aujourd'hui revit entre nos mains.
Victoire(*).
Lorsqu'on a fait tes cappelletti, est-ce que tu te rappelles ? Chaque Noël, nous façonnions les petits trésors farcis, on allait les pêcher le 25 à midi. Bouchées petites mais longues en bouche, et le bouillon profond comme un vin.
Rouge.
La robe est un vêtement exprimant tout le corps. Le cœur. La force. L'élégance. Le feu. L'empreinte de ton corps et l'odeur des années.
Je la vois remonter le petit escalier en pierre qui reliait les deux maisons. Terra sur la terrasse, et nous dans la piscine. L'air était chaud, et Noël loin.
Un jour elle a pris sa retraite, le jour d'après elle revenait travailler. Et maintenant, elle est partie, sans emporter sa tenue de soirée. C'est qu'elle a continué à gravir, à gravir, et d'en-haut les marches de plus grands escaliers, elle sirote une éternelle « caïpi ».
Elle était mère, et grand-mère, et fille de sa propre mère. Trois petits joncs en or blanc, reliés entre eux par une chaîne.
Avec cette pochette rouge, cousue d'un fragment de sa lumière,
tu portes une part de son pas, de son rire, de son rouge,
et de cette histoire qui continue
à travers toi, à travers nous.
Récolté auprès de Katherine (*)


